Silat, Kuntao, Silat Kuntao
Historique par Eric Gigot
Située dans une zone géographique ou les civilisations indiennes, asiatiques, arabes, et européenne se rencontrent, se mélangent et s'affrontent, la culture Philippines a réussit à s'enrichir de nombreux systèmes martiaux tout en cultivant une spécificité martiale unique. Parmi les premières influences, dont il est difficile de remonter au delà du XVe siècle, c'est la culture indienne, et les systèmes martiaux liés au Kalaripayat des mercenaires Nairs du Kerala, qui a transmis la théorie des points vitaux vraisemblablement d'origine chinoise puisque les Indiens eux mêmes les appellent les "china hati " poing chinois. Il sont utilisés dans le Silat Kuntao afin de détruire les liaisons nerveuses (Pukulan, Panatukan). On retrouve aussi aux Philippines une technique de massage appelée "Hilot"(voir dossier Hilot) qui possède des points communs avec la médecine ayurvédique. Les archipels indonésiens et la péninsule malaise avaient développé des arts martiaux variés désignés et réunis sous le terme général de "Penjak Silat" combat éclair. La légende des "dix datus " c'est à dire les dix chefs (professeurs, maîtres ) musulmans de Malaisie qui se réfugièrent aux Philippines, est certainement liée à la naissance d'une forme philippine de ces arts du combat qui évolueront ensuite d'une manière indépendante. Les voyageurs et les marchands arabes, dès les débuts de la conversion islamique de l'Asie du Sud Est, avaient apporté un système de combat au bâton originaire d'Égypte appelé "tahteb". On utilisait cette forme de combat, depuis la plus haute antiquité, comme entraînement de base au maniement des armes. La civilisation chinoise exercera une influence considérable dans toute l'Asie du sud-est, est il n'est pas étonnant de retrouver aux Philippines des formes de combat comme le Kuntao, un art martial proche du vieux Kempo chinois. Il faut aussi prendre en compte les techniques de Shugijutsu, d'Aiki Jutsu ou de Ken Jutsu, transmise de manière informelle par l'intermèdiaires des nombreuses colonies japonaise et philippines dès le XVe siècle. Le pirate chinois koxinga (zhenh chenggong 1624-1662) qui avait chassé les Hollandais de Taiwan en 1661 avait créé un royaume pirate qui menaçait directement les Philippines. Le royaume de
Koxinga ainsi que le royaume de Hadian et la migration des Hmongs, donneront d'ailleurs naissance aux secrètes Anti mandchoues comme la triade Sanhehui ) de la société du ciel et de la terre mais aussi les fameux "pavillons noirs" de 1865 qui infligèrent de sévères défaites aux troupes coloniales française en 1873 et 1883. La communauté chinoise de Manille se révolta à trois reprises en 1603, 1636, 1662, quant aux moros de mindanao, ils ne furent jamais complètement soumis. Nous voyons donc que les espagnoles et leurs alliés philippins, avaient appris à se battre contre des adversaires très différents aussi bien contre les techniques de combats issus des système chinois, mais aussi à partir du 17ème siècles , contre les mercenaires indonésiens armés de Kriss, qui combattaient pour le compte des hollandais ils durent aussi faire face aux terrible katana des pirates japonais.
SILAT
Aussi appelé Silek, Pencak Silat (Penjak Silat) ou Seni Silat (Bersilate).
Le Silat (Combat) est le terme générique qui désigne un ensemble d'arts martiaux d'Indonésie, de Malaisie, du Brunei, de Singapour, du sud de la Thaïlande et des Phillipines. On retrouve également la dénomination Silek a Sumatra.
En Indonésie, on trouve essentiellement la dénomination Pencak Silat (mouvement formel ou danse issue des cultures Indiennes). En Malaisie on utilise le terme Seni-Silat (l'art du combat).
Le Sud des Philippines, principalement l'île de Mindanao plus proche de l'Indonésie et de religion musulmane utilise le terme Kalis (sabre, épée) Silat ou Kali (Kamot et Lihok) Silat avec un petit débordement sur l'île centrale de Cebu (visayas).
Au VIe siecle déjà, des arts de combat formalisés étaient pratiqués à Sumatra et dans la péninsule Malaise. Deux royaumes, Srivijaya empire et Majapahit empire à Java en firent bon usage pour étendre leur domination en Indonésie, à Singapour et dans la péninsule du Sud-Est Asiatique.
Durant la période de colonisation des espagnoles XVe siècle aux Philippines et la colonisation des Hollandais au XVIIe siècle pour l'Indonésie, le Silat fut pratiqué en secret jusqu'à ce que ce pays regagnent leur indépendance.
Le système incorporera au fils des siècles et au rythme des échangent commerciaux, des guerres et des émigrations, des méthodes hindous, arabes et chinoises de combat avec armes et mains nues, des techniques indiennes de saisies, des costumes thaïlandais et la musique népalaise.
Plus de 400 styles de Pencak Silat ont été recensé exemple : Pamur, Tjimande, Tjikalong, Cerak, Harimau, Sikwitang, Tapak Succi, Setia Hati Terate, Pukulan, Silat Kuntao, Dinangat, ect....
Dans le Silat originel de Sumatra, les positions sont plus basses, dans celui de Java les techniques sont plus enroulées, dans celui de Bali les Juros sont plus dansés, aux Philippines Visayas les positions sont hautes et un travail de mains plus importants.
Tous se rejoignent, se mélangent, s'entremêlent .
Comme de nombreux arts martiaux asiatiques, le Pencak Silat a tiré certaine de ces techniques de l'observation des combats d'animaux ex : Harimau (tigre)
A travers les ages le Pencak Silat a su conserver intact et transmettre les techniques les plus expéditives. Le Pencak Silat est l'art de combattre rapidement
Il n'existe pas de standard dans le Pencak Silat, chaque style a sa propre structure, ses propres mouvements, ses propres techniques et ses principes de tactiques spécifiques .
Bien que tous les styles emploient à la fois des coups de poings, des coups de pieds, des projections et autres, le pourcentage de ses techniques varient selon le style. Il faut progresser sur des bases solides, à partir desquelles peuvent s'effectuer la plupart des techniques et déplacement.
Le Silat ne pourrait etre tout à fait complet si il se limitait uniquement à l'usage exclusif des techniques à mains nues. Le pratiquant de Silat devra apprendre à manier une série d'armes blanches traditionnelle comme le Kriss, le Kermanbit, le Pisau, le Bolek, le Golok, le Lembing, le Tongkat, ect.
Parmi les armes du Silat, le Kriss occupe une place à part. Tout un ensemble de croyance est associé à cette arme aujourd'hui mondialement connue. Long poignard à lame sinueuse, le Kriss appartenait à la tenue vestimentaire traditionnelle des hommes . Plus qu'une arme, c'est un objet de culte.
Une autre arme connue est le Kerambit (griffe de tigre), c'est une lame courbée fixée à un anneau qui permet de la dissimuler à l'adversaire jusqu' au dernier moment.
En France nous avons deux créateurs de Kerambit moderne,
Grand Maître Charles Joussot qui aida le développement du Pencak Silat en France et dans les services de protection de sécurité
et Fred Perrin ami et pratiquant d'art martiaux du Sud Est Asiatique et services spéciaux américains, coutelier professionnel (la griffe Perrin)
En fin le Tongkat est un bâton très apprécié des écoles
Aujourd'hui le Pencak Silat est très pratiqué sur tous les continents
Son enseignement est très recherché pour sa partie self défense (Silat) pour les uns et pour sa partie esthétiques 'Pencak-danse) pour les autres. Bien entendu "Pencak et Silat " sont deux facettes différentes et d'approchent de l'art.
Dans le système traditionnel on retrouve quatre niveaux
- le mental /spirituel ( valeur morales )
- bela diri (self defense)
- seni (l'artistique)
Ces trois niveaux sont de la responsabilités de nos anciens qui doivent transmettent notre savoir
Le quatrième niveau est le sport que nous développons.
Kuntao
Kuntao ou Kuntaw, le poing chinois (kune = poing et Tao ou Dao = Taôisme, religion chinoise ou chemin), désigne l'ensemble des arts martiaux Chinois qui furent importés d'Indonésie, de Malaisie, de Bornéo, des Philippines et Sud Est Asiatiques par la communauté chinoise (commerçants, ouvriers, mercenaires, pirates, et autres colons de la Chine).Les échanges commerciaux entre ces nations permirent au Kuntao de s'y implanter. Certains styles musulman ( Majapahit Empire), l'aurait adopté pour en faire un art secret (la frappe sacrée qui aurait été enseigné aux rois musulmans Maharlika (nom originel des Philippines), parallèlement au Kalis ou Kali.
Il existe plusieurs styles ou écoles de Kuntao qui dépendraient de la région des émigrants chinois, mais aussi de certains styles déjà existant comme le Silat et ayant intégré le Kuntao chinois pour créer de nouveaux styles ou écoles, ex : (Silat + Kuntao), aux Philippines (Silat Indonésien, Buno ou lutte philippines, Sikaran ou système de coup de pied philippin) et de méthode indienne déjà existantes.
Le style est adapté aux différentes régions, différents types de terrain, la conccurence entre les styles locaux et les combat avec armes.
La connaissance des arts martiaux chinois est un domaine qui englobe les style externes (waijia) type shaoling, les plus pratiqués (style long du nord et style court du sud), et les styles internes (neijia), type wudang , les moins pratiqués ou par une certain élite car plus complexe et plus long dans l'apprentissage (le taiji quan, le xing yi quan et le baguazhang)
Le taôisme
On dit souvent du Taôisme que c'est la seule religion véritablement chinoise, parce qu'elle est née en Chine. Le bouddhisme a été importé d'Inde et le confucianisme est avant tout une philosophie
Le Tao est le principe fondateur de l'univers, la force (qi) régit la nature est la même qui nous anime, nous sommes une parcelle de cette univers et lui même est une partie de nous.
Le microcosme est le macrocosme ne sont qu'un. Le Tao est l'odre qui préside à toute vie, l'esprit que rien ne peut émousser.
Il est impératif d'organiser sa vie sur les principes du Tao pour être en harmonie avec l'ordre naturel et les lois de l'univers.
Pour y arriver, les concepts du yin et du yang, les 5 éléments et dunon agir doivent etre connus .
Le Confucianisme
Si le Taôisme s'interresse à la vie harmonieuse avec les forces de l'univers, le confucianisme s'attache quant à lui aux règles de vie de l'homme dans la société
La vertu est une force qui agit . Ainsi la vertu d'un couteau est de "souper" et la vertu de l'homme est d'agir avec "humanité"
le boudhisme
le boudhisme chan se développa en chine surtout entre le 3e et le 4e siècle. C'est la doctrine qu Mahayana dite du grand véhicule qui se developpa particulièrement. Cette doctrine repose sur le fait que chaque individu est lié au destin des autres .Ce mouvement du boudhisme très important influença nombres de pays du sud est asiatique.
L'enseignement du bouddhisme peut se résumer à ce que l'on dénomme "les quatres nobles vérités ". L'objectif est de supprimer la souffrance inhérante à la vie en éliminant l'ignorance qui est la base des perturbations mentales sous l'emprise des quelles nous commettons des actes mauvais, nuisant à autrui. Pour éviter de les commettre, la compassion est essentielle .
Dans les systèmes chinois, on accorde une grande place à l'esprit visible, entraînement du corps par la technique martial et l'esprit invisible, entraînement du mental et de l'esprit à travers cette pratique gestuelles qui sont indissociable pour l'équilibre du pratiquant
Le kuntao est une grande famille à l'interieure de laquelle nous trouvons de nombreux styles, ce caractérisant par trois principes fondamentaux.
- un mélange de fermeté et de douceur
- une coordination des activités intérieurs et extérieurs
- la production et le contrôle de l'énergie par la respiration
Le Kuntao chinois n'est pas un style unifié,il existe plus de 450 écoles référencées , sans parler des courants et des branches qui sont aussi nombreux.
Les boxes libres du poing, caractérisés par la rapidité, l'ampleur, la force et le contraste des mouvements, qui conviennent particulièrement aux plus jeunes
les boxes libres du Sud, elles sont communes pour leur vigueur, la variété des mouvements de mains, le plein déploiement de l'énergie, la recherche de la force par des postures solides qui permettent une explosion des techniques de bras ponctuées par des cris qui soulignent la puissance physique et martiale.
Les boxes internes (Taiji), alliant mobilité et immobilité, l'union du corps et de l'esprit, très apprécies dur grand public
Les boxes morpho idéologiques (internes), xingyi, baguaelles sont caractérisées par des mouvements fermes et profonds, simple et sans figures superflues ou d'apparat. Elles mettent l'accent sur la correspondance et l'unité de la force extérieure avec la volonté intérieure du pratiquent
Les boxes aux larges gestes des bras (tongbi et pigua)
Elles sont constituées de techniques aux larges coups de taille avec des gestes d'ouverture et de fermeture des bras, des attaques délivrées à distance par des coups repetés et rapides, symbolisant l'audace et la prise de décisions marquées
les boxes figuratives (xiangxing et ditang)
Ces styles mettent l'accent sur des mouvements vifs et alertes rappelant ceux des animaux comme le tigre, l'aigle, le serpent, l'ours, la grue, le léopard, ou la mante religieuse ect ...
Parfois ils imitent des attitudes comme l'homme ivre ou des situations de combats au sol.
Les autres boxes traditionnelles (laojiaquan)
Tous les autres styles, en particulier les écoles de combat rapprochées ou éloignées, les boxes d'origine multiples, musulman es, locales, historique comme la boxe de shaoling, le zhaquan, le huaquan, le chuojiao, le liuhe,le mizongquan, qui sont caractérisés par la force, la rapidité, l'alternance de mobilité et d'immobilité, de souplesse et de vigueur, la variété de mouvements et l'originalité du style avec une couleur nettement locale
Les boxes traditionnelles servent essentiellement à l'autodéfense et sont des disciplines de vie. Elles utilisent les quatre méthodes de combat, les pieds, les poings, saisies et clés, et projections.
Dans l'antiquité, il était courant, au cours des activités qui avaient lieu pour célébrer le culte des esprits ou des ancêtres, d'utiliser la danse, la musique et naturellement le Kuntao intimement lié à la danse. Le Kuntao devenait lors de ces manifestations, une espèce de danse martiale qui avait pour unique but de rendre hommage aux ancêtres et aux divinités par les prouesses gestuelles qu'exécutaient ces pratiquants, et des tournois étaient souvent organisés lors des fêtes pour rivaliser dans différentes épreuves de combat.
Avancez dans la voie des arts martiaux chinois n'est pas une affaire simple. Le pratiquant doit passer par plusieurs étapes dans sa vie d'apprentie
- acquérir une bonne technique et faire un avec elle
- s'imprégner de l'esprit martial
- s' en servir à bon escient, c'est la philosophie du Kuntao
Un dicton dit : " trois ans pour apprendre, trois ans pour comprendre, trois ans pour sentir, et toute une vie pour se perfectionner et faire un avec.
Le plus grand secret est caché bien en évidence, et ne peut être découvert que grâce à une réflexion et une pratique soutenue.